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Adieu, monarchie absolue. Adieu, autorité sacrée !

11 mars 2011

Par son discours du 9 mars, Mohammed 6 a dépassé nos attentes. Il a annoncé des dispositions de la Constitution qu’il veut incluant notamment la remise de l’ensemble du pouvoir exécutif à un gouvernement élu, unifié, ayant pleine autorité sur les appareils de l’Etat et pleine responsabilité devant les représentants de la Nation. Ce faisant, le roi assume que les titres dont il continuerait à bénéficier, et notamment celui de Commandeur des Croyants (Amir El Mouminime), seraient purement honorifiques et symboliques, car déliés de toute autorité politique.

Nous pouvons évidemment faire la fine bouche sur le fait que la démission de la monarchie de son autorité politique n’ait pas été proposée par une assemblée constituante élue, et que la commission en charge de l’élaboration du projet de future constitution soit nommée de manière unilatérale par le roi. Mais ne boudons pas notre plaisir d’avancer de manière aussi substantielle quasiment sans effusion de sang, et voyons plutôt ce qui permettra de garantir que le changement esquissé ne soit pas vidé de sa substance ou bien accaparé par les élites émasculées de l’entourage proche et lointain du roi. Je crois que nous avons besoin d’intelligence et de compétence, d’ouverture et d’unité, de médiatisation et de participation, et de mobilisation pacifique.

Je suggère de partir des promesses du roi pour exprimer nos attentes.

  1. Lorsqu’il annonçait la commission, le roi a promis une « approche participative ». Celle-ci requiert qu’au moins la moitié de la commission ne soit pas parmi ceux qui ont appuyé et exploité la constitution actuelle, et que le débat soit vulgarisé à travers la large ouverture des média publics aux critiques de la Constitution actuelle.
  2. Le roi a promis au point 2 de sa feuille de route la consolidation de l’Etat de droit et l’élargissement du champ des libertés. Obtenons immédiatement la libération des détenus d’opinion et la réintégration des juges intègres, ainsi que le lancement de la révision des procès de la dernière décennie réputés non équitables (notamment ceux de la Salafiya et ceux de la presse).
  3. Dans ce même point 2, le roi a promis « un gouvernement élu, émanant de la volonté populaire exprimée à travers les urnes, et jouissant de la confiance de la majorité à la Chambre des représentants ». Assurons-nous que le scrutin qui permettra l’érection d’un tel gouvernement se fasse sans manipulations grâce à la carte électorale, dont l’éclatement permet la domination des notables instrumentalisés par le pouvoir. Œuvrons pour que le parlement et la chambre des représentants soient ramassés (100 membres) et élus (au suffrage universel pour le premier et à celui des membres des assemblées régionales pour le second) par scrutin de liste à la proportionnelle (afin de marginaliser l’incidence des notables et des grandes fortunes mal acquises), et que cesse l’impunité de leurs membres accusés de corruption. Enfin, obtenons que l’élection du gouvernement se fasse parle parlement à la majorité simple, à moins que l’élection ne soit effectuée directement par scrutin populaire de liste à la proportionnelle ou à plusieurs tours.
  4. Au point 5 de la même ’’feuille de route’’, le roi a promis la consolidation du rôle des partis politiques. Exigeons pour cela que les partis et cadres politiques qui se sont rendus coupables de méfaits politiques (et notamment les élus transhumants et ceux coupables de falsification, et tous les cadres du PAM et de l’administration territoriale) soient interdits de droits civiques pendant 5 ans. Obtenons que l’histoire des partis politiques soit publiquement disséquée sur les plateaux des télévisions publiques par des spécialistes et des politologues, à charge et à décharge.
  5. Le roi a dit, au point 6 de sa ‘’feuille de route’’ : « …lier l’exercice de l’autorité et de toute responsabilité ou mandat publics aux impératifs de contrôle et de reddition des comptes… ». Partant de notre accord avec cette idée, n’hésitons pas à dénoncer toute idée de « domaine réservé » (armée, guerre, dissolution des institutions, politique étrangère, nominations…) que d’aucuns ne manqueront pas de proposer de laisser au roi, et clarifions le fait que le titre revendiqué de « commandeur des croyants » ne puisse en aucune manière amener à une autorité extraconstitutionnelle.

Travaillons par ailleurs à élaborer un discours simple, clair, concis, dans les langues du peuple, qui fasse le lien entre l’impératif de cadre démocratique de participation et de souveraineté populaire pour l’éclosion de la confiance et pour la prise en charge des revendications des divers segments de la population. Aujourd’hui encore, l’islamiste et le laïc, le communiste et le capitaliste, le syndicaliste et l’employeur, le fonctionnaire et l’usager du service public, la femme et l’homme, le jeune et celui qui l’est moins, le rural et l’urbain, l’amazighone, l’arabophone et le francophone, le fassi, le chelh et le 3aroubi… tous ont des attentes ou des projets qui peuvent diverger, mais tous peuvent gagner à la mise en place d’un cadre de compétition, de participation et de négociation civilisé, adulte et pacifié, sur la base d’une plateforme minimaliste de démocratie et de responsabilité, de souveraineté populaire et de garantie des droits des minorités, et d’un cadre étatique neutre sur les choix, ouvert sur les options et intégrateurs pour les acteurs. Clarifions et unifions donc les revendications clés relatives au projet de texte de nouvelle constitution, dans la bonne intelligence et la finesse, car il convient de nous prémunir contre les formulations scélérates (clairement absolutistes) ou oiseuses (qui laisseraient à l’absolutisme des ouvertures pour sa nouvelle intromission) qui viendraient vider ces progrès de leur substance, immédiatement ou dans un futur plus ou moins proche.

Et, encore une fois, bravo à nos jeunes pour avoir initié le mouvement, merci à nos mouvements militants pour les avoir accompagnés, respect au roi pour avoir accepté d’épouser le mouvement sans entrer dans la confrontation ou la surenchère, maintien de la vigilance pour ne rien perdre de nos acquis et de notre potentiel, et QUE LA MOBILISATION POUR LE 20 MARS MONTRE NOTRE DETERMINATION, NOTRE OUVERTURE ET NOTRE PACIFISME.

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One Comment leave one →
  1. Jamil Maroc permalink
    11 mars 2011 19:02

    Salam,

    J’ai luvotre article avec grand interet et je le trouve tres tres bien ecrit, sur la forme comme sur le fond. Je me suis dit si c’est ca le mouvement de 20 Fevrier j’y adhère immediatement. C’est exactement ca dont on a besoin au Maroc, des idees lucides et un comportement civique.

    Je crois qu’il est temps pour le mouvement de se separer de ses extremistes qui veulent continuer dans une spirale infinie d’exigence radicales. Ce genre d’esprit rate souvent les objectifs essentiels de la lutte et fait de la negation, de l’opposition, sa raison de vivre. Ca devient a la fin destructif pour tout le monde.

    En termes clairs, je crois que si le mouvement 20 Fervier se debarasse des elements de Nahj et d’Aldl qui en abusent pour leurs propres fins, et se trace une strategie qui s’inscrit dans la revolte et non la revolution (A. Camus), cad dans l’interaction civique pour des changements et des reformes reels et concrets au lieu d’un changement ideologique radical, il aura de beau jours devant lui, et finira par recruter en masse.

    C’est par mon humble appel de citoyen marocain.

    Merci encore une fois

    Cordialement.

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