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Débat sur la stratégie de changement démocratique : Le consensus régressif qui se trame ! par Ali Bouabid

26 juillet 2011

Une réalité politique nouvelle s’esquisse

Le Maroc est déjà à l’aube d’une réalité politique nouvelle. Le « printemps arabe » et ses prolongements à travers le mouvement du 20FEV, dessinent une double tendance déjà perceptible lors des derniers scrutins électoraux.

Première tendance : L’activité citoyenne est de plus en plus déconnectée du moment électoral. Les vrais citoyens ne sont pas forcément des électeurs. L’élection étant ici plus qu’ailleurs encore très largement frappée de suspicion. Elle ne constitue plus comme le seul registre de légitimité de la vie publique.

Deuxième tendance, loin de manifester une indifférence à l’endroit des sujets politiques, l’activité citoyenne entreprend désormais de les prendre en charge directement, ouvertement et publiquement moyennant  des procédés et des formes de mobilisation nouveaux. Jamais le thème de la réforme constitutionnelle n’a connu pareils diffusion et engouement, au moyen d’un portage politique de la société civile aux dépens de celui peu convaincant et/ou bien tardif des partis politiques.

A cette double tendance, le nouveau texte constitutionnel offre paradoxalement, et à son insu, des marges d’initiative et d’action de nature à conforter une tendance à la redéfinition des ressorts de la légitimité démocratique : Une institution ne sera désormais considérée comme pleinement démocratique que si elle est soumise à des épreuves de contrôle, de surveillance et de jugement concurrentes de celle émanant du seul parlement élu.

Des élections anticipées ne peuvent répondre aux promesses rituelles de transparence

C’est dans ce contexte que le pouvoir veut précipiter la fin du cycle constituant par l’annonce d’élections anticipées qui sifflerait « la fin de la récréation ». Les partis politiques, englués dans une culture politique qui répugne au questionnement stratégique, lui emboitent le pas sans surprise, persuadés de recueillir les dividendes de leur loyauté. En attendant, ils se rabattent sur ce qu’ils maîtrisent le mieux : renouer avec la logique électoraliste dans une compétition politiquement vaine, gérer en interne les promesses de récompense réelles et symboliques que leur suivisme sans faille leur fait espérer.

La crédibilité de l’acte 1 d’une « transition annoncée » semble déjà prise en défaut par un agenda arrêté de longue date et des méthodes de concertation qui ressortissent plus du marchandage. A rebours des annonces, le pari de la continuité politique moyennant quelques ajustements de façades (nouveaux visages etc….) ne fait plus de doute. Le mouvement démocratique civil qui a porté la revendication constitutionnelle dans la rue est placé devant une alternative cruelle   : participer au festin et en accepter les règles, ou s’essouffler dans des postures exclusivement protestataires au risque de s’aliéner les segments silencieux de l’opinion publique et des élites qui ont salué sa détermination et son audace. Son repositionnement est plus que souhaitable à très court terme et sur au moins deux plans :

En tirant d’abord le meilleur parti de la contradiction dirimante qui mine le consensus régressif qui lie le pouvoir à la classe politique : Dans sa logique, et après s’être assuré de la prévisibilité et de la « viabilité » des scénarii post électoraux, le pouvoir ne peut se permettre une participation faible aux prochaines élections qui ruinerait à jamais ses options. A moins d’un miracle, Il sera d‘autant plus « contraint » à la manipulation des résultats en terme de participation, qu’aucun indice n’augure d’un sursaut citoyen dans le délai très court qui nous sépare du scrutin annoncé. Bien au contraire, le débat sur les réformes politiques, loin des acteurs civils, met en scène une concertation qui, en réalité équivaut à un nouveau marchandage, célébrant explicitement des postures convenues, ménageant implicitement les ambitions personnelles dans un nouveau casting auquel obligent l’air du temps et l’image du changement. Le scénario hautement souhaitable d’élections scellant le retour d’un début de confiance dans l’action politique partisane obéit à une toute autre temporalité que nul n’envisage de faire valoir au nom de l’intérêt national et delà des déclarations formelles.

Surtout, le débat à l’oeuvre trahit, d’une part l’aveuglement volontaire des acteurs qui réduisent l’enjeu post référendaire à l’adoption de textes (code électoral , loi sur les partis) par des institutions publiquement délégitimées, et, d’autre part, l’état objectif d’impréparation notoire de ces mêmes acteurs institutionnels entraînés dans un activisme qui ne trompe personne.

Et pour cause, comment convaincre en un mois ceux qui ont boudés les urnes en 2007 et en 2009 et les jeunes du 20FEV porteurs de l’espoir démocratique, que le changement peut advenir, être conduit et piloté par ceux là même qui ne l’ont jamais voulu !

Conclusion : des élections dans la précipitation, conduites par des partis délégitimés car complices du consensus régressif pré et post référendaire, déconnectés de la dynamique populaire incarnant le changement, ne sauraient constituer, dans les conditions actuelles du jeu politique, LA réponse à l’acte 1 de la transition. La volonté de court-circuiter un processus constituant inachevé, quelle que soit l’appréciation que l’on porte sur le texte adopté, se paie donc de lourdes contradictions qui accentuent la défiance envers les institutions !

Le mouvement démocratique civil contraint à un repositionnement :

Il importe dès lors que le mouvement démocratique civil, au nom d’une critique interne :
1.Pointe les contradictions dans lesquelles la classe politique s’est volontairement enfermée au risque de dévoyer la transition annoncée,
2.Et marque publiquement le rejet d’un agenda à l’élaboration duquel il n’a pas été associé.

Le deuxième plan, consiste en la mise en place de « Comités de vigilance citoyenne pour la démocratie » ou d’un « front de vigilance citoyenne pour la démocratie » qui fédèrerait les énergies, tirerait parti des synergies avec pour objectif d’éprouver les marges d’actions,  de propositions et de mobilisation, rendues possibles aujourd’hui par le contexte international et national et par certaines dispositions du texte constitutionnel, malgré ses insuffisances.

Ali bouabid

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One Comment leave one →
  1. Jamal Amiar permalink
    26 juillet 2011 16:27

    Citoyens qui luttent pour la démocratie et une monarchie parlementaire, mouvement du 20F, ceux qui au PJD, au PPS, au PSU et à l’USFP qui pensent qu’ils peuvent travailler ensemble doivent se regrouper et faire entendre leur voix; des regroupements transversaux peuvent être réalisés; les démocrates n’ont à s’enfermer dans aucun schéma sauf celui qui mène à la monarchie parlementaire tant qu’il est encore temps, tant les Marocains font de moins en moins confiance à une quelconque figure politique de ces 10 ou 20 dernières années. Le concept de « fin de la récréation politique » est imbécile et arrogant vis-à-vis des militants pour la démocratie et ceux qui veulent que le Maroc cesse d’être un pays mis en coupe réglée.

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